Les ruraux organisent la défense collective de leurs hôpitaux – L’Humanité (31/10/2018)

Suite à ce que l’on pourrait appeler “l’appel de Vierzon” (évènement qui a eu lieu le 23/10 dans la mairie de Vierzon, en présence de nombreux comités de défense des hôpitaux et des maternités, notre collectif de Moûtiers s’étant excusé de ne pas pouvoir s’y rendre), voici un article de  synthèse :

Article publié initialement sur L’Humanité et lisible en intégralité sur anti-k.org :

Alors que les députés commençaient à débattre du budget de la Sécurité sociale 2019, adopté hier après-midi, une trentaine de maires et de comités de défense ont lancé un appel en faveur des hôpitaux et maternités de territoire.

L’urgence gagnerait-elle nos campagnes ? Il n’a fallu que quelques jours à Nicolas Sansu, maire PCF de Vierzon (Cher), pour réunir une trentaine de maires et représentants de comités de défense d’hôpitaux et de maternités de proximité, le 23 octobre, au moment où débutait à l’Assemblée nationale le débat sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PFLSS), adopté hier par une majorité de députés. Et trois heures à peine pour mettre au point un appel à défendre les hôpitaux, fixer la date d’une journée nationale d’action, le 1er décembre, et décider d’organiser partout des référendums d’initiatives locales, le 27 janvier 2019. « Nous avons besoin de nous fédérer, d’autant que c’est une même politique qui condamne nos services hospitaliers, nos urgences, nos maternités. Le problème est national », a expliqué l’élu. À ses côtés, Annick Gombert, maire du Blanc, également élue de la grande région Centre-Val de Loire. Dans la salle de la mairie où se tient la réunion, personne n’ignore le sort réservé à la maternité de cette commune de l’Indre. Sa fermeture temporaire cet été. Puis confirmée début octobre. L’élue locale fulmine contre la ministre de la Santé. Agnès Buzyn a, en effet, déclaré la maternité « dangereuse », évoquant dans les médias « de très mauvaises pratiques ». Et encore plus depuis hier, après l’évacuation par la police, au petit matin, de l’établissement occupé par le collectif C’estpasdemainlaveille, suivi du déménagement à la hussarde de ses lits et de son matériel.

Fusionner, regrouper, le schéma se répète depuis vingt ans

« Avec l’argument économique – la pénurie de médecins –, celui de la sécurité est avancé presque systématiquement par les pouvoirs publics pour fermer, remarque Annick Gombert. Jusqu’alors, aucun accident n’avait été déploré ; or, depuis la fermeture, nous avons connu notre premier accouchement au bord de la nationale. » À Bernay (Eure), Agnès Buzyn a confirmé la fermeture de la maternité pour cette même raison sécuritaire…

À Vierzon, l’avenir de la maternité est également en jeu, de même que celui du service de pédiatrie, qui lui est adossé. On craint aussi pour la chirurgie. Là encore, on fulmine, au point de se mettre en danger : deux soignants sont en grève de la faim depuis deux jours. Le personnel est en grève illimitée depuis le 11 juin. Une intersyndicale est aux manettes. « On a laissé tomber nos différences et nos divergences. Et, finalement, nos étiquettes syndicales, pour montrer que nous sommes non seulement unis, mais déterminés face à une situation extrêmement grave », explique Pierre, manipulateur radio. Il est l’un de ceux qui, depuis presque un mois, vivent sous des tentes de camping, entre poules et lapins, sous les portraits d’Astérix, dans « le camp des Gaulois réfractaires aux réformes » installé à l’entrée de l’hôpital, le 18 septembre, jour de l’annonce du plan santé 2022 par Emmanuel Macron. « Nous voulons que notre hôpital conserve son plateau technique, pas d’un hôpital réduit à une activité de gériatrie. La population en a besoin ! » préviennent les soignants.

 

Fusionner, regrouper et, au passage, fermer des services, des lits, supprimer des postes, le schéma se répète depuis vingt ans et les lois Bachelot et Touraine à l’origine des groupements hospitaliers de territoire (GHT) et du financement des hôpitaux à l’activité (T2A). « On assiste à l’abandon de parties entières du territoire. À l’émergence de no man’s land sanitaires », expliquait Emmanuel Vigneron, géographe de la santé, dans un entretien à l’Humanité, le 26 avril. Premiers visés : les territoires ruraux ou à « géographie particulière », en montagne, comme dans le Jura où l’hôpital à Saint-Claude a vu ses services fondre les uns après les autres et où la mobilisation de la population, du personnel et des médecins se poursuit pour la réouverture de la maternité et le renforcement de la chirurgie. À Tours (Indre-et-Loire), le plan de restructuration du CHU raye de la carte trois établissements : l’hôpital pédiatrique, un Ehpad et une clinique psychiatrique. Dans le département de la Vienne, les fusions vont également bon train. Depuis le 1er janvier 2016, le centre hospitalier de Montmorillon est un pôle du CHU de Poitiers. L’hôpital de Loudun a, lui, rejoint le Groupe hospitalier Nord Vienne, qui vient d’annoncer sa fusion d’ici trois ans avec celui de Poitiers. En clair, un seul établissement survivra sur ce territoire de campagne.

Une cinquantaine de petites maternités seraient sur la sellette

Ce mouvement risque de s’accélérer avec le plan de « transformation du système de santé » du gouvernement. Comme cela a été le cas pour les maternités, les hôpitaux y sont classés en trois niveaux, en fonction de leurs capacités à prendre en charge les situations médicales plus ou moins complexes. Six cents hôpitaux locaux de proximité, de niveau 1, sans plateau technique, destinés à la prise en charge des personnes âgées et au suivi de certaines pathologies chroniques, devraient voir le jour d’ici à 2022 – il en existe 250 aujourd’hui. Les promoteurs de l’appel à défendre les hôpitaux de territoire craignent que leurs centres hospitaliers de proximité n’héritent de ce nouveau label qui les priverait de leurs services de chirurgie, d’obstétrique ou d’urgence. « Sans égalité d’accès aux soins dans nos territoires, il n’y a pas de pacte républicain possible. J’attends du gouvernement une attitude républicaine, sinon sa politique risque de nourrir des votes antirépublicains comme on le voit dans nombre de pays aujourd’hui », alerte Nicolas Sansu.

Une cinquantaine de petites maternités seraient sur la sellette, selon la maire du Blanc. La Drees en recensait 519 en 2016. Six auraient fermé leurs portes depuis ; 221 sont des maternités de type 1, les plus vulnérables puisque le nombre d’accouchements qui s’y déroulent ne cesse de diminuer au profit des établissements de type 2 et 3, plus médicalisés et surtout bénéficiaires du mouvement de concentration entamé dans les années 1970. Il est en revanche difficile de chiffrer le nombre de services, notamment de chirurgie ou de médecine, dont l’avenir ne tient qu’à un fil. Même chose pour les services d’urgence. Il en existe 600. Un chiffre sous lequel il ne faudrait pas descendre, au risque de dégrader le dispositif, selon l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf). « On assiste à la métropolisation du système de santé. Une centralisation à moyens constants qui condamne des dizaines d’établissements menacés de devenir des coquilles vides », dénonce Rolland Vachon, membre du comité de défense des maternités et hôpitaux des Deux-Sèvres.

Sylvie Ducatteau

 

Appel en faveur des hôpitaux publics de territoire

De Vierzon, Le Blanc, Châteaudun, Tours, Nantes, Châtellerault-Loudun, Saint-Claude, Vire, Pithiviers, Thouars, Decize, Feurs, Creil, Concarneau, Decazeville… c’est par une longue liste de localités de toutes les régions que débute l’appel des élus locaux et des membres de la coordination nationale des comités de défense des maternités et des hôpitaux de proximité qui a recueilli 4 000 signatures en quelques jours. Cet appel s’adresse en premier lieu au président de la République. Il affirme l’égalité d’accès aux soins pour tous et demande expressément « le maintien et la réouverture des services hospitaliers publics partout en France, avec des moyens de fonctionnement suffisants, les moyens humains nécessaires, et l’arrêt des suppressions de lits ». Ses auteurs y affirment l’urgence « d’un programme d’investissements dédié aux centres hospitaliers publics de territoire disposant de services de médecine, de chirurgie, d’obstétrique, d’un laboratoire d’analyses biologiques et d’un service d’imagerie ». L’appel peut être signé sur 

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